Vision divergente

Isolement social (et autres réflexions)

Je n’avais pas écrit depuis un petit moment, à cause dequelques soucis de santé, en lien avec mon état psychique déplorable.

J’ai un peu déprimé entre la semaine dernière et cette semaine.
J’hésitais à pondre quelques textes courts, mais l’inspiration ne venait pas. J’avais également honte. A propos de quoi ? Je ne saurai l’expliquer précisément…
De souffrir ? De déprimer ? D’avancer à pas de fourmi ?

Les relations sociales me manquent, mais il est difficile d’en recréer quand on a fermé la porte à moitié et qu’on se sent encore fragile et blessé.

C’est étrange.
A des moments je me sens aimable et à d’autres non.
Alors que j’ai plutôt de la facilité à échanger avec les autres, il y a parfois cette voix auto-saboteuse qui me dit que je n’arriverai jamais à trouver de personnes partageant mes valeurs. Que je n’arriverai plus à me lier d’amitié et que j’aurai encore moins la chance de trouver l’amour. Je me suis faite à l’idée que cela risquait de prendre du temps et que je ne suis pas forcément prête à vivre une relation de couple. Pour les amitiés, c’est différent. En y réfléchissant, j’ai toujours trouvé au moins une ou deux personnes à lesquelles je parlais régulièrement et avec qui échanger sur tout et n’importe quoi.

Maintenant, elles se font rares. Peut-être que c’est mieux comme ça, pour l’instant.
Je crains de ne pas être en capacité de répondre aux attentes de la plupart des gens. J’en ai connu très peu qui n’étaient pas dans la fusion et le besoin excessif de l’autre.
On ne répond pas à un texto ? C’est qu’on vous a oublié !
On écourte un appel ? C’est qu’on a mieux à faire que de vous parler.
On préfère faire la grasse matinée le samedi matin plutôt que de prendre le petit déjeuner avec vous ? C’est que notre lit est plus appréciable que votre compagnie.

Les gens ramènent tout à eux, sans se dire que ça n’a pas forcément de rapport.
(Et je dis ça, alors que je psychote sur le regard des autres ! Ahaha, écoutez la, celle là !)
Dans cette situation précise, non. J’accepte totalement que les autres aient des attentes et désirs différents des miens. C’est juste que j’ai pris de la distance avec les relations sociales.

Cela dit, je n’ai plus trop l’occasion de rencontrer des gens, je ne sors pas beaucoup, mais ça fait quelques mois que je pense à donner de mon temps dans une association locale. Je n’ai juste jamais osé prendre mon téléphone pour appeler.

Qu’est-ce que moi, Nephtys, pourrait bien leur apporter, avec toutes mes carences affectives ? Mes blessures, mes besoins, mon imperfection ?
Mais faut-il être bien avec soi-même et heureux pour aider les autres ? Je ne pense pas. C’est là tout le paradoxe !
Il y a bien médecins malades ou des psychologues PN.

Toute a l’heure, j’étais en train de penser "Pourquoi ne reprendrais-tu pas une thérapie ?"
Parce que j’en ai très envie, mais j’ai peur de tomber sur une personne qui ne comprendrait pas ce que j’essaye de lui communiquer. Et puis, vais-je devoir mettre sur le tapis mon incapacité à évoquer mon handicap aux autres ? Avouer qu’il est difficile pour moi de vivre normalement, de trouver aide et soutien de ce côté là ?

Dans le passé, j’ai eu quelques belles amitiés, je suppose que les gens restaient avec moi pour qui j’étais, sans se préoccuper du fait que je vois mal. Mais je pense également qu’une grande part d’eux le niait.
Je veux dire, j’ai cette difficulté au quotidien, ce n’est pas comme si je pouvais me lever un matin et tout à coup voir à 100%. Donc quand je demandais une information telle que de l’aide pour voir un panneau ou lire le nom d’un menu au macdo, c’était un peu inconfortable autant pour moi que pour l’autre. Surtout quand j’allais à des rendez-vous avec des garçons ou une nouvelle bande de potes.

Selon la personne, on me regardait soit avec pitié, soit surprise, soit incompréhension. Je n’abordais pas forcément le sujet, mais la plupart du temps, je l’annonce dès le départ. Çà évite les surprises.
Il y a des gens qui préfèrent avoir des amis "ordinaires", non dépendants physiquement. Assez drôle quand on sait que la majeure partie de la population est dépendante, de bien d’autres façons. Mais accepter une personne handicapée ? Non. Pas de ça. C’est bien trop de responsabilités !
Oui, parce que les gens se sentent responsables de vous, on ne sait trop pourquoi (devoir citoyen ou vision erronée). Vous ne leur avez rien demandé, si ce n’est une information et ils partent du principe que vous ne savez pas vous débrouiller seul et que vous allez les emmerder à chaque sortie !

Croyez-moi, si j’avais pu choisir de voir ou si ça pouvait se soigner, ma foi, j’aurai signé de suite ! Alors oui, j’ai besoin d’aide pour certaines choses, comme n’importe qui, finalement.

J’apprécie le fait d’avoir des amis valides, parce qu’ils me font réaliser que je peux vivre parmi eux, que certes, j’ai un handicap, mais qu’il ne détermine pas qui je suis, ni quel est mon entourage. Je ne vois pas l’intérêt de ne traîner qu’avec des invalides, ça peut être bien d’avoir des amitiés de ce genre, toutefois, il ne faudrait pas que ça nous enferme dans une bulle ou les valides n’auraient pas leur place. Et j’ai connu des personnes comme ça. Qui méprisaient les valides parce qu’ils représentaient ce qu’eux n’auraient jamais.

J’ignore si on peut accepter un handicap à 100%, même quand on l’a de naissance.
Peut-être, si on a un entourage bienveillant, mais il faudrait avoir reçu beaucoup d’amour et de valorisation, étant enfant. Parce que dans le monde adulte, si on a pas un minimum d’estime de soi, c’est déjà compliqué en tant que valide de s’y retrouver. Alors avec un handicap, c’est encore plus risqué.

Je pense que le plus dur, c’est d’être confronté à la solitude, de réaliser qu’on a certainement un potentiel, comme tout être humain, mais qu’on ne sait pas dans quoi le mettre. Personne ne m’a appris à aimer et apprécier mon handicap. Je suis celle qui a bossé sur cela afin de trouver des avantages. C’est ce qui me permet aujourd’hui d’apprécier plus ou moins ma vie. Peut-être que si j’étais née valide, ma vie aurait été plus simple, mais honnêtement, j’en doute.

Avec les mêmes événements et le même entourage, je doute que je sois arrivée à une conclusion différente. Etre valide n’aurait pas empêché mon père de mourir, ni ma mère de me violenter. Mon enfance n’aurait absolument pas été modifiée, peut-être que j’aurai eu de meilleures notes à l’école, que j’aurai eu mon permis de conduire, trouvé un boulot chiant, comme la plupart des gens. J’aurai une vie assez ordinaire, malgré mon début de vie souffrant. J’ai l’impression que le fait d’être handicapée donne une toute autre dimension à la vie d’une personne. On doit s’adapter et trouver des solutions encore plus que les autres. Notre égo est mis à mal bien plus facilement et durablement. Nos blessures sont peut-être plus ancrées et il y a des choses qu’on ne parviendra jamais à faire, tant que la société ne nous en donnera pas les moyens. Ou tant qu’on aura pas nous-même inventé un moyen de dépasser cela.

Il y a des parties si contradictoires chez l’être humain. Comme redouter l’inconnu, préférer notre zone de confort à la nouveauté, alors que les civilisations se construisent au travers des découvertes, des échanges et du dépassement de modèles archaïques.

Le pire, selon moi, c’est l’anticipation d’une situation à venir. On a plus tendance à voir le négatif que le positif, alors qu’ils n’existent même pas. Personne n’a la science infuse et notre esprit se fait des fausses idées en permanence sur ce que les autres pourraient penser de nous, ou encore ce qui pourrait nous arriver en accomplissant tel ou tel acte.

On dit que la peur n’empêche pas le danger, mais une peur irrationnelle comporte rarement un danger "physique" qui nous obligerait à entrer en mode survie.
C’est plutôt notre égo qui risque d’être mis à mal.

J’ai tellement d’exemples sous la main, me concernant. Aller ! Un petit pour la route.

Je devais faire une radio des pieds depuis un mois et demi, je me trouvais un tas d’excuses comme des problèmes financiers ou justifiait l’inutilité de la chose en me référant à mon passé. Sauf que dans mon passé, je n’ai jamais fait de radio. On m’a opérer deux fois complètement au pif, sans examens, juste à la vue du machin. C’est peut-être d’ailleurs ce qui a fait foiré les opérations à chaque fois. Alors que j’ai payé une blinde chez un spécialiste. En tous les cas, ce n’est pas lui que je retournerai voir !

Mes pensées étaient donc très négatives et m’empêchaient d’agir. Je procrastinais du matin au soir et finissait par culpabiliser, me sentant incapable de dépasser ces croyances invalidantes. J’avais également très peur de montrer mes pieds et d’être jugée sur mon incapacité à me prendre en mains. C’est malheureusement les reproches que me faisaient ma famille, ou encore mon médecin traitant. Je sais, aujourd’hui, que c’est totalement faux et que ces personnes essayaient juste de me culpabiliser (avec succès!) ET de se donner bonne conscience.

J’avais passé une énième nuit blanche, pas seulement à cause de cela. J’ai aussi des problèmes au niveau dentaire, mais c’est une autre histoire.
Bref, j’en pouvais plus de ne pas parvenir à dépasser ce blocage.
J’avais besoin de ressentir un minimum de motivation, de plaisir à effectuer cette action, alors je devais me donner un objectif, une récompense. C’était un genre d’échange de bon procédé envers moi-même.
Certains disent que ça peut devenir malsain à la longue, d’agir uniquement en fonction des récompenses et du plaisir, mais je ne vois pas comment faire quelque chose dont on a pas envie, sans aucun enjeu derrière. Ce n’est pas comme si j’étais accompagnée dans ma vie, sinon, j’aurai au moins le soutien d’un pair et ce serait certes moins difficile. Il n’y a personne pour me féliciter, me raisonner, ni m’écouter, à part moi.

J’ai essayé d’en parler à ma seule véritable confidente et tout ce qu’elle a trouvé à me dire c’est : "bon courage". J’ai compris que sur ce coup là, y avait que moi.

Donc, pour en revenir ma motivation, je me suis dit qu’après la radio, j’irai faire quelques courses et m’acheter des carottes.
Oui je sais, ça parait stupide, se faire plaisir avec des carottes, mais que voulez vous, parfois on a des envies bizarre.
Bon, la vérité c’est que j’adore ça.
Je n’en mangeais plus depuis des années à cause de ma colopathie, je les préférais crues que cuites, jusqu’à hier soir.
C’est juste que ceux qui m’en ont fait manger (ma mère par exemple) ne les ont jamais cuisiner comme je les aime.
Et je peux vous dire que je me suis régalée comme jamais.
J’ai redécouvert la sensation de bonheur en ingurgitant des légumes. Sincèrement, je ne pensais pas cela possible. J’avais dans l’idée que je ne serai jamais capable de me faire plaisir en mangeant des légumes, parce que je détestais cela, étant plus jeune.
Au final, je suis capable de faire de la bonne cuisine, saine et bio, au même titre que n’importe qui, ce fut une révélation, oui, oui, oui !

Revenons à la radio - je finis par me perdre en détours, moi !
J’ai donc été la faire, plutôt sereine, en me disant qu’au pire, même si j’étais critiquée ou jugée, je n’y retournerai plus ou je dirai à la personne que je ne souhaite pas discuter de ma vie avec elle.
Ça s’est très bien passé, sans réelle surprise.

La personne m’ayant fait passer les radios était une femme de couleur.
Je ne sais pas pourquoi ce détail à retenu mon attention.
Déjà, elle était très belle. Gentille et douce. Elle m’a accueillie avec bienveillance et a été très patiente pour m’expliquer les positions à tenir. Elle a même proposé de désinfecter ma plaie qui s’était rouverte en me cognant contre un petit escabeau.
Moi et ma maladresse, coucou !
En somme, j’ai eu une très bonne impression, aux antipodes de ce à quoi je m’attendais. Aucune réflexion sur moi, ni question indiscrète sur ma vie. J’étais simplement une patiente comme les autres.
Je suis sortie quelques minutes plus tard, mes résultats en main.

Plutôt que de m’auto insurger, j’ai tiré plusieurs enseignements de cette petite expérience.
> L’égo tentera toujours d’avoir le dessus sur la raison.
> Trop d’anticipation épuise la raison.
> Avoir une bonne raison pour soi-même est plus important que d’avoir une bonne raison venant d’autrui.
- La raison de mon amie était : "ça t’aideras".
- Ma raison était : "J’ai besoin d’honorer cet engagement envers moi-même". (L’engagement de prendre soin de moi et de mon corps. De guérir mes blessures physiques et psychologiques).
Dans un sens, mon amie n’avait pas tort, ça m’a aidé. Pas de la façon dont elle l’envisageait, mais quelle importance ?

Certaines choses m’ont aidé à passer à l’action.
>> Regarder des vidéos inspirantes ou lire des articles au sujet de la procrastination, de la peur, ou d’autres trucs plus philosophiques que pratiques.

En conclusion, le fait d’être seul face à ses difficultés peut entraîner un cercle déprimant, incluant procrastination, peurs et doutes sur soi. Mais il existe de nombreuses solutions en nous-mêmes pour aller de l’avant et résoudre nos problèmes. Pas besoin de 10 séances de thérapie a 50 balles - c’est nécessaire en cas de symptômes dépressifs et idées suicidaires, par contre.

La meilleure chose à faire reste de trouver ses propres raisons d’agir, si on est face à de la culpabilité, se demander d’ou nous vient cette voix accusatrice et se questionner sur sa réelle fonction.
Se répéter qu’on est nul et qu’on ne vaut rien nous a t-il déjà permis d’avancer ? De nous sentir mieux ? Non.
Essayer de trouver du positif dans sa vie, des choses motivantes et remercier pour ce qu’on a déjà peut également aider.
S’autoriser à se changer les idées malgré tout, à se donner un peu de plaisir. Parce que quand on culpabilise, on bloque souvent nos désirs. "Je ne mérite pas ceci ou cela". Mais bien sur que si, vous le méritez. On mérite tous de s’aimer et d’être aimé. De satisfaire ses désirs, tant qu’ils ne font de mal à personne. On mérite d’agir dans son propre intérêt, parce que personne ne peut le faire à notre place.
Qui mieux que nous savons ce qui est bon ou mauvais pour notre corps et notre âme ?

On arrête là les questions.
C’est sympa de se les poser.
Se poser des questions, c’est remettre en cause.
C’est réfléchir, c’est être en quête de sens.
Le sens, c’est ce qui donne une direction et du mouvement à notre vie.
Alors… Continuons à chercher.